đCe lundi 25 novembre Ă©tait la đđšđźđ«đ§Ă©đ đđ đ„đźđđđ đđšđ§đđ«đ đ„đđŹ đŻđąđšđ„đđ§đđđŹ đđđąđđđŹ đđźđ± đđđŠđŠđđŹ, une cause que le cabinet dĂ©fend ardemment.
Pour le post de ce soir, nous laissons la plume Ă đŽđđđđđ đđđđđđđđ-đșđđđđ:
« A lâoccasion de cette journĂ©e internationale du 25 novembre 2024 de lutte contre les violences faites aux femmes, jâaimerais vous parler de ce procĂšs trĂšs rĂ©cent, encore en cours, qui dĂ©fraye la chronique et fait couler autant de larmes que dâencre.
Je suis personnellement engagĂ©e dans la lutte contre les violences faites aux femmes, tant sur le plan militant, que sur le plan scientifique dans mes recherches. Câest pourquoi, si je vais prĂ©senter les choses de la maniĂšre la plus rigoureuse et scientifique possible, je sais quâune certaine colĂšre suintera de cet Ă©crit.
Nâayez pas peur du terme du âscientifiqueâ, si je vais aborder la question par un angle juridique et sociĂ©tal, ce qualificatif nâa pour vocation quâune garantie de recherches transparentes et se voulant la plus neutre possible. Cet article se veut lisible et accessible pour les non-juristes afin de comprendre les enjeux de ce procĂšs.
Commençons par le commencement, quâest-ce que câest quâun **viol** en droit pĂ©nal français ?
đđ điđšđ„, đźđ§đ đȘđźđđŹđđąđšđ§ đđ đđšđ§đŹđđ§đđđŠđđ§đ
En France, le viol est dĂ©fini par lâarticle 222-23 du Code PĂ©nal. Il sâagit dâun crime, soit lâinfraction Ă la loi pĂ©nale la plus grave qui existe dans notre classification juridique. Le crime est puni le plus souvent dâune peine de prison allant jusquâĂ 20 ans, dâune amende et peut ĂȘtre assorti de peine complĂ©mentaire.
« đđđąđĄ đđđĄđ đđ đĂ©đĂ©đĄđđđĄđđđ đ đđ„đąđđđđ, đđ đđąđđđđąđ đđđĄđąđđ đđą’đđ đ đđđĄ, đđą đĄđđąđĄ đđđĄđ đđąđđđ-đĂ©đđđĄđđ đđđđđđ đ đąđ đđ đđđđ đđđđ đ’đđąđĄđđąđ đđą đ đąđ đđ đđđđ đđđđ đđ đ’đđąđĄđđąđ đđđ đŁđđđđđđđ, đđđđĄđđđđđĄđ, đđđđđđ đđą đ đąđđđđđ đ đđ đĄ đąđ đŁđđđ. »
Le viol, câest donc lâacte de pĂ©nĂ©trer une personne par un organe gĂ©nital, ou un objet dans un organe gĂ©nital. Ainsi, la fellation forcĂ©e est un viol. Le critĂšre du viol nâapparaĂźt pas ĂȘtre ici le *consentement*, câest-Ă -dire le fait de demander Ă lâautre personne si elle dĂ©sire et accepte la relation sexuelle, puisquâil nâen nâait pas fait mention explicite. Seulement, le consentement apparaĂźt en filigrane de cette question par la mention âpar violence, contrainte, menace ou supriseâ. En effet, ces conditions prĂ©suppose une absence de consentement, puisque si lâon est surpris, on nâest pas au courant de lâintention de lâautre personne et donc nĂ©cessairement non consentant.
Le viol, dans sa dĂ©finition de lâarticle 222-23 du Code PĂ©nal est puni de 15 ans de rĂ©clusion criminelle.
Le viol a des circonstances aggravantes, comme la plupart des crimes et dĂ©lits. Ils sont dĂ©finis Ă lâarticle 222-24 du Code PĂ©nal :
*1° Lorsqu’il a entraĂźnĂ© une mutilation ou une infirmitĂ© permanente ;*
*2° Lorsqu’il est commis sur un mineur de quinze ans ;*
*3° Lorsqu’il est commis sur une personne dont la particuliĂšre vulnĂ©rabilitĂ©, due Ă son Ăąge, Ă une maladie, Ă une infirmitĂ©, Ă une dĂ©ficience physique ou psychique ou Ă un Ă©tat de grossesse, est apparente ou connue de l’auteur ;*
*3° bis Lorsqu’il est commis sur une personne dont la particuliĂšre vulnĂ©rabilitĂ© ou dĂ©pendance rĂ©sultant de la prĂ©caritĂ© de sa situation Ă©conomique ou sociale est apparente ou connue de l’auteur ;*
*4° Lorsqu’il est commis par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la victime une autoritĂ© de droit ou de fait ;*
*5° Lorsqu’il est commis par une personne qui abuse de l’autoritĂ© que lui confĂšrent ses fonctions ;*
***6° Lorsqu’il est commis par plusieurs personnes agissant en qualitĂ© d’auteur ou de complice ;***
*7° Lorsqu’il est commis avec usage ou menace d’une arme ;*
***8° Lorsque la victime a Ă©tĂ© mise en contact avec l’auteur des faits grĂące Ă l’utilisation, pour la diffusion de messages Ă destination d’un public non dĂ©terminĂ©, d’un rĂ©seau de communication Ă©lectronique ;***
*9° (abrogé)*
*10° Lorsqu’il est commis en concours avec un ou plusieurs autres viols commis sur d’autres victimes ;*
***11° Lorsqu’il est commis par le conjoint ou le concubin de la victime ou le partenaire liĂ© Ă la victime par un pacte civil de solidaritĂ© ;***
*12° Lorsqu’il est commis par une personne agissant en Ă©tat d’ivresse manifeste ou sous l’emprise manifeste de produits stupĂ©fiants ;*
*13° Lorsqu’il est commis, dans l’exercice de cette activitĂ©, sur une personne qui se livre Ă la prostitution, y compris de façon occasionnelle ;*
*14° Lorsqu’un mineur Ă©tait prĂ©sent au moment des faits et y a assistĂ© ;*
***15° Lorsqu’une substance a Ă©tĂ© administrĂ©e Ă la victime, Ă son insu, afin d’altĂ©rer son discernement ou le contrĂŽle de ses actes.***
Ces circonstances aggravantes, lorsquâelles accompagnent le viol, amĂšnent la peine Ă 20 ans de rĂ©clusion criminelle. Les points en gras sont ceux qui caractĂ©riseront probablement le verdict final du procĂšs de Monsieur Dominique PĂ©licot.
đđđŹ đŻđąđšđ„đŹ đđ đđđłđđ§, đźđ§ đđđŹ đđ±đđđ©đđąđšđ§đ§đđ„.
Le procĂšs de Mazan porte sur des viols entre conjoint, commis dans des circonstances exceptionnelles de violence. Dominique PĂ©licot, lâaccusĂ© principal, a violĂ© et organisĂ© des viols en groupe de sa femme, GisĂšle PĂ©licot, par le recrutement dâindividus via internet et la soumission chimique de son ex-Ă©pouse. Ces faits ont perdurĂ©s pendant des annĂ©es, dans lâignorance totale de la victime, jusquâĂ ce que des policiers dĂ©couvrent les images des viols filmĂ©s par Dominique PĂ©licot, Ă lâoccasion dâune autre affaire le concernant. Monsieur PĂ©licot a Ă©tĂ© pris en train de filmer sous la jupe dâune femme dans un centre commercial, et arrĂȘtĂ© par un agent de sĂ©curitĂ©. Cette femme porte plainte, le matĂ©riel informatique de Monsieur PĂ©licot est saisit. Les policiers dĂ©couvrent Ă cette occasion les images Ă lâorigine du procĂšs en cours.
Ce procĂšs est exceptionnel pour deux raisons.
1. le nombre dâaccusĂ© est phĂ©nomĂ©nal, et câest un cas hors norme dans lâhistoire pĂ©nale du viol en France.
2. les accusés sont des monsieurs tout le monde, dÚs bons pÚres de famille, des amis, des frÚres, des grands-pÚres.
Ce procĂšs, câest le procĂšs de Monsieur PĂ©licot, organisateur des viols quâil a fait subir Ă son ex-Ă©pouse, mais câest aussi le procĂšs de la culture du viol.
đđ đđźđ„đđźđ«đ đđź đŻđąđšđ„.
Ce terme est souvent mal compris, câest pourquoi nous commencerons par le dĂ©finir. La **đđ đđźđ„đđźđ«đ đđź đŻđąđšđ„**, câest *la banalisation du viol dans une sociĂ©tĂ© toute entiĂšre.* Cette banalisation passe par une dĂ©finition pĂ©nale permettant de nombreux cas Ă la limite dây Ă©chapper, câest aussi une reprĂ©sentation, voire une valorisation du viol ou de comportements sây rattachant dans la culture, et enfin, sa quasi-valorisation sociale dans la construction de la sexualitĂ©. La pornographie y est pour quelque chose.
Cette culture du viol permettant de sortir de lâimaginaire du violeur solitaire, sociopathe et dangereux. La culture du viol permet de dire quâon est tous et toutes potentiellement violeurs.euses parce quâon a tous et toutes Ă©tĂ© Ă©duquĂ©s dans une conception discutable du consentement et de la sexualitĂ©. La culture du viol, câest reconnaĂźtre nos comportements limites, câest savoir se remettre en question, et acceptez que il.elle a lâair gentil.le, mais quâil a pu violer.
On a entendu partout dans les mĂ©dias la volontĂ© dâajouter la notion de consentement dans la dĂ©finition pĂ©nale. Nous lâavons dit, elle existe dĂ©jĂ de maniĂšre sous-jacente par les critĂšres que la dĂ©finition pĂ©nale pose. Mais notre critique ici sera autre.
đđđŹ đŻđąđšđ„đŹ đđ đđđłđđ§ đđ đ„đ đȘđźđđŹđđąđšđ§ đđź đđšđ§đŹđđ§đđđŠđđ§đ.
Nous nous faisons simple porte-parole de la rĂ©flexion de đđđđĄđđ«đąđ§đ đ. đđđđđąđ§đ§đšđ§ dans son ouvrage, « đłđ đđđđ đđđ Ă©đđđđ, đđđđ đâĂ©đđđđđĂ© đđđđđđ đđ đđđđđđđđđđđđ ». C. A. MacKinnon est une juriste et avocate amĂ©ricaine engagĂ©e dans la dĂ©fense des femmes victimes de violence depuis plus longtemps que ma propre vie, et elle est Ă©galement spĂ©cialiste de droit pĂ©nal français.
Le problĂšme que relĂšve C. A. MacKinnon, câest que le consentement comme barriĂšre entre le viol et le non viol omet un certain nombre de cas, qui eux aussi relĂšvent de violences sexuelles. Cela a Ă©tĂ© notamment le cas pendant longtemps avec les viols conjugaux, non pĂ©nalement rĂ©primĂ©, parce que le mariage et le concubinage Ă©taient conçus comme un consentement Ă©ternel Ă lâacte sexuel (et malheureusement, encore aujourdâhui, les viols conjugaux sont parmi les moins rĂ©primĂ©s parce que les mentalitĂ©s persistent). Mais ces cas sont bien plus variĂ©s. Les violences insidieuses, dâun rapport quâon a tolĂ©rĂ© pour ne pas vexer, ou par peur des reprĂ©sailles, mais auquel on nâa pas opposĂ© notre absence de consentement. Est-ce que dire oui par peur est un consentement ? Absolument et certainement un grand NON. Est-ce que le droit pĂ©nal peut savoir que vous aviez peur et que vous aviez acceptĂ© par contrainte ? La rĂ©ponse est plus complexe, et le risque de ce critĂšre de ânonâ comme barriĂšre entre le viol et le rapport sexuel consenti, câest dâen faire un critĂšre mĂ©canique, comme un garant non questionnable de la sexualitĂ© consentie.
Cette idĂ©e de peur, peur des reprĂ©sailles, peur de vexer, C. A. MacKinnon lâexplique par une inĂ©galitĂ© prĂ©existante Ă toutes relations homme-femme. Cette inĂ©galitĂ© nâa rien de biologique, elle est purement sociologique. La sexualitĂ© des femmes est reprĂ©sentĂ©e comme soumise Ă celle de lâhomme, le rapport sâarrĂȘte quand lâhomme a joui, la femme doit crier de maniĂšre grotesque pour tĂ©moigner son plaisir, qui doit lui-mĂȘme nĂ©cessairement aboutir Ă un orgasme. Une femme fait semblant de ne pas vouloir pour se faire courtiser et ĂȘtre *forcĂ©e* au rapport. Tout cela, ce sont des schĂ©mas typiques de la pornographie, mais pas que, des films dâamour Ă©galement. Les femmes nâont dâautre personnalitĂ© dans ces films que celle dâaspirer Ă ĂȘtre la chose de cet homme complexe et dont le personnage est bien construit. Tout cela participe et nourrit les reprĂ©sentations de ce que devrait ĂȘtre une sexualitĂ© normale et satisfaisante. Et cela alimente les fantasmes des hommes, mais aussi des femmes, ce qui conduit Ă accepter des choses parce que câest *comme ça*. Sauf que dans cette histoire, est-ce quâaccepter, *consentir* donc par conformisme social, câest rĂ©ellement consentir ?
đđšđ§đđ„đźđ«đ
On ne dit pas quâil faudrait considĂ©rer chaque rapport comme un viol, parce quâheureusement que des rapports consentis existent toujours et rendent des gens heureux. Mais, prĂ©tendre rĂ©soudre le problĂšme massif du viol par lâintroduction du terme consentement dans le code pĂ©nal, câest utilisĂ© la souffrance quotidienne des victimes de viol pour satisfaire un Ă©lectorat en perte de vitesse. Juridiquement, ce critĂšre ne fait aucun sens, socialement, il plussoie des pratiques violentes, et intimement, il nous contraint, femmes et hommes de ce monde, Ă vouloir des choses quâon ne veut pas forcĂ©ment.
âđŽđđđđđ đđđđđđđđ-đșđđđđ
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