Par Maxine FERNBACH et Hélène SELME

Après avoir beaucoup publié ces derniers temps sur mes pages Facebook et Instagram, je reviens sur le blog avec un article écrit à 4 mains avec une étudiante en licence Humanité à l’Université de Lorraine et en licence Philosophie à l’université de Paris Nanterre.
Un jour nous discutions avec une connaissance du parcours d’études de philosophie et de sciences humaines en générale. Tout allait bien jusqu’à que ce dernier nous affirme, sûr de lui, et certain d’avancer une vérité universelle : « De toute manière, les études de philosophie ce ne sont pas vraiment des études, il suffit de lire des bouquins et de raconter sa vie dans ses copies. ». Certes, c’est ainsi que vous les percevez, et pourquoi généraliser votre perception de la chose comme un ressenti universel ? Et pourquoi parler d’une chose que vous ne connaissez finalement pas ? Cet exemple de scène quotidienne de discussion, nous l’avons tous vécu d’une manière ou d’une autre, quelque soit le sujet abordé. On observe ici deux tendances fondamentales à l’être humain:
- universaliser un fait,
- parler de choses que l’on ne connaît pas vraiment sous le joug de prénotions.
Ce sont ces deux tendances que nous allons tenter d’amener ici d’un point de vue épistémologique mais surtout anthropologique comme introduction à la notion de préjugé en psychologie et en psychiatrie.
Concentrons-nous d’abord sur cette première tendance qu’est l’universalisation des faits. Arrêtons-nous un instant pour tenter de la comprendre simplement par les mots qui la composent : « fait » d’une part, et « universel » d’autre part. Qu’est-ce qu’un fait ? Scientifiquement parlant, un fait est un évènement singulier, non régulier et non analyser. C’est un relevé objectif de données d’observations. Et l’universel, c’est une régularité systématique, non-contredite, et qui vaut en tout temps et en tout lieu. On observe alors ici un paradoxe, et c’est là tout le cœur de cette tendance. Nous généralisons ce qui n’a pas lieu d’être généralisé. Cette volonté n’est pas intrinsèquement universelle à l’Homme, puisque cette croyance en des lois universelles ne s’est généralisée qu’après le XVIIème siècle avec Galilée et son développement de l’astronomie, durant la révolution scientifique, ou encore Hume qui la transpose pour la première fois aux Sciences Humaines, avec Enquête sur l’entendement humain. Cette idée est inexistante auparavant, au point que les grands penseurs de l’Antiquité, tel que Platon (pour ne citer que lui), se moquent de cette croyance, voyant les Hommes qui la portent, comme des ignorants vivant dans l’illusion (cf. l’allégorie de la caverne dans la République). Quoique notons ici, que Hume ne la généralise pas complètement, rejetant toute forme d’universalisation ne se fondant pas sur l’expérience physique (c’est-à-dire se fondant sur de la simple spéculation). De cette première tendance va découler la seconde, les prénotions, qui cette fois-ci se tiendront plus du côté de l’anthropologie.
La prénotion est un « concept formé spontanément par la pratique et qui n’a pas encore subi l’épreuve de la critique scientifique. », selon la définition sociologique du CNRTL1. Ici on observe donc une connaissance immédiate, non soumise à la prudence épistémologique, se fondant sur une généralisation hâtive d’un fait sous un concept. D’où ce premier point sur l’universalisation des faits. La prénotion c’est le fait d’attribuer à quelqu’un ou à quelque chose des caractéristiques, sans en avoir fait l’expérience concrète, sous l’excuse que d’autres personnes (ou choses) semblables les ont présentées.
Prenons l’exemple, pour remettre le propos dans le thème de cette page/blog, de la schizophrénie. La prénotion c’est d’attribuer à une personne l’étiquette de schizophrène juste parce qu’elle entend des voix et que dans la culture commune, seul les schizophrène entendent des voix. Ou d’attribuer à une enfant l’étiquette de TDAH juste parce qu’il est turbulent.
Cette volonté de classer les gens, de les faire rentrer dans des cases spécifiques, a plusieurs fonctions. Et notamment celle de rassurer, de combler l’égo (à la façon d’un doudou), de rendre compréhensifs et reconnus médicalement certains comportements. Mais du coup, cela dédouane les personnes du travail d’introspection, de remise en perspective et d’assumer la responsabilités des choix qu’elles font. C’est très économique psychiquement pour la personne mais cela ne permet que peu d’évoluer et de grandir. Cela entraîne aussi certains dangers, parce que cette popularisation sauvage attribue des caractéristiques aux malades qui sont erronées, qui desservent les personnes souffrant réellement de ces pathologies et créent des discriminations. Je pense notamment aux personnes souffrant de schizophrénie et qui sont lyncher en place publique parce qu’étiqueter violentes.
Alors plutôt que de vouloir se faire rentrer dans la case d’un symptôme ou de faire rentrer l’autre (son enfant, sa moitié, son ex, ses potos) dans une case, posons-nous la question de ce que nous pouvons faire pour améliorer la situation, si tant est que nous la trouvions dysfonctionnelle et que nous ne nous y complaisions pas…
Maxine FERNBACH et Hélène SELME
Bibliographie :
MICHAUT, Cécile. A la recherche des lois universelles : les lois de la physique existe-t-elle ? Paris : société d’édition scientifique, 2007. 405 p.
Céline Béraud, « Prénotion », Sociologie [En ligne], Les 100 mots de la sociologie, mis en ligne le 01 octobre 2013, consulté le 07 novembre 2021. URL : http://journals.openedition.org/sociologie/1994
« Prénotion ». CNRTL [En ligne], . Consulté le : 7/11/21. Disponible sur : https://www.cnrtl.fr/definition/pr%C3%A9notion
1 Centre national des ressources textuelles et lexicales.
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